La place du rêve chez Paul Diel
Extraits de La Divinité de Paul Diel :
« Nous connaissons tous – surconsciemment – la signification des rêves mythiques des temps passés […] Nos rêves sont des avertissements surconscients, des mythes individualisés […] où nous sommes le héros combattant en lutte contre les faux motifs de nos égarements diurnes…
Qui sommes-nous ? Insondable mystère : dans les rêves nocturnes nous vivons hors de la temporalité. […] Spectateur de ses défaites et en en connaissant les motifs les plus cachés, le rêveur est à la fois le coupable jugé et son propre juge, exécuteur des lois de la justice immanente. ».
Apporter un rêve – une expérience magique et efficace
Pour l’interprétation des rêves, j’utilise le matériel onirique apportés par les patients. Mais, je m’efforce de ne pas adopter une approche dogmatique qui voudrait faire de l’émergence inconsciente une illustration d’une théorie, mais plutôt une approche empirique s’appuyant sur les symboles universels (la difficulté étant de faire la part entre les deux) dans laquelle l’intuition à sa part.
Le rêve est important. Sa place devrait être prépondérante dans la thérapie. Mais, certaines personnes ne rêvent pas ou ne s’en souviennent pas. Certains patients disent ne jamais s’en souvenir. D’autres en apportent et c’est une source de renfort de l’alliance que le patient se dise qu’il va rêver et peut-être se rappeler de ses rêves et les apporter, les partager dans un but de mieux se comprendre et donc d’aller mieux.
Je propose aux patients d’apporter des rêves, car les messages surconscients peuvent aider dans le processus thérapeutique.
Les rêves viennent enrichir le processus thérapeutique en apportant un matériel faisant le lien entre l’inconscient du patient et le plan de conscience de la consultation thérapeutique. Il favorise la communication, la rendant plus intime et authentique par ce dévoilement.
Exemple de rêve interprété en thérapie
Lors d’une cinquième séance, un homme de 44 ans, consultant pour un burnout/surmenage invalidant, m’apporte un rêve dans lequel tout ou presque est exprimé :
– Nous sommes avec ma femme et ma fille, la nuit, en contrebas de la maison (c’est sa maison dans la réalité) que nous regardons de derrière le ruisseau. Il y a de la fumée qui sort, un incendie sans flamme dans le grenier.
J’appelle les pompiers. Je rentre à l’intérieur et voit un tuyau (ce tuyau n’existe pas dans la réalité) dans la chambre parentale. Ce tuyau est relié à la grange (grange ou il y a dans la réalité sa cuve de fuel, mais aussi le dépôt/ stock de son entreprise et encore tout un fatras de choses venant de ses ascendants). Je pense que l’incendie peut venir de ce tuyau. Les pompiers arrivent et me disent que ça vient en fait de la chambre de mon beau-fils (fils de sa femme) qui est à l’étage (son beau-fils a 16 ans). Les pompiers me demandent si je veux qu’ils enlèvent la télévision, car ils vont devoir arroser et me garantissent que le plafond ne va pas s’écrouler, car ils vont mettre une plaque de tôle de soutien protectrice qu’il faudra tenir. On la laisse là.
Ils font le diagnostic : trop d’énergie était tirée de la multiprise située dans la chambre du haut de son beau-fils. » Il ajoutera que dans ce rêve il se trouve étonnement calme et de sang-froid.
Nous verrons avec lui dans ce rêve un constat et un avertissement (surconscient) lui indiquant :
1) De mieux séparer vie privée et vie professionnelle (le tuyau entre le dépôt et la chambre parentale)
2) Qu’il a trop tiré sur l’énergie depuis son adolescence pour se construire son armure de fort au travail (la multiprise dans le rêve avec son ½ fils qui représente sa partie adolescente qui s’est construite en réaction à une blessure de sous-estime : « Bon à rien » avait dit le conseiller d’éducation à ses parents devant lui).
Ces deux facteurs causent son malaise psychologique latent (l’incendie du grenier sans flamme). Mais son sang-froid, sa thérapie, lui permettent de le voir et de l’éteindre par l’intermédiaire des pompiers qui le soutiennent. Pour rappel burnout est un terme anglais dérivé de burn (incendie).