Motivations et désir essentiel
La psychologie de la motivation (Diel, La psychologie de la motivation, 2002) apporte un cadre théorique solide pour expliquer la souffrance psychologique avant de pouvoir en supprimer les causes.
Dans la pratique, ce socle peut nous servir de clé de lecture pour une prise de conscience des motivations, pour aider à changer le changeable et accepter l’inchangeable, identifier les fausses motivations en lien avec les carences vécues dans les besoins, identifier ses valeurs…
Le désir essentiel de l’être humain est d’harmoniser ses désirs : de trouver ses motivations essentielles. Celles-ci sont malheureusement souvent polluées par des désirs correspondant à de fausses motivations : désir de se mettre en valeur vaniteusement, addictions/désirs comblant un vide (voir aussi https://www.fredericlenoir.com/essais/le_desir_une_philosophie/ ), inhibition ou exaltation d’une certaine dimension (matérielle / sexuelle / spirituelle), émotions négatives suite à des traumas, sous-estime de soi / surestime de soi, sous-estime / surestime des autres, accusations (complotisme par exemple).
Cas clinique
Avec un patient de 39 ans, nous touchons vite à ce qui l’a conduit dans une mauvaise passe avec des idées noires : il s’est construit un personnage fort au travail (une tâche exaltée) et a masqué son hypersensibilité, oublié le désir essentiel d’harmonie. Apres 3 ou 4 séances, et une profonde introspection, il va mieux, se sent plus joyeux. Nous n’avons pas manipulé les concepts de Diel, mais le travail de fond s’est fait. Ma pratique a relevé de la psychologie de la motivation et de la maïeusthésie. Il y a convergence et même universalité des approches thérapeutiques existentielles et humanistes.
Le carré des fausses motivation

On lira cette figure comme suit :
- Au centre c’est l’estime juste de soi et des autres : un état harmonieux quand la personne est centrée. Dans cet état psychique (un peu idéal certes), la joie domine, tandis que dans les coins du carré/rectangle c’est l’angoisse et d’autres sentiments négatifs comme la méfiance, le mépris, la culpabilité, la confusion qui dominent.
- Dans la partie gauche c’est la vision de soi qui est déformée :
- Soit par vanité (auto estime exaltée) : on pense qu’on est au dessus de la loi de l’harmonie et qu’on peut assouvir des désirs sans conséquence.
- Soit par culpabilité exaltée (auto-accusation exaltée) : culpabilité qui peut être refoulée.
- Dans la partie droite, c’est la vision que la personne a des autres, qui peut être déformée :
- Soit par sentimentalisme excessif (estime exaltée de l’autre) :
- Soit par accusation exaltée.
On passe facilement d’un coin du carré à un autre. De la vanité à la culpabilité par exemple.
La thérapie pourra éventuellement permettre de prendre conscience de ses fausses motivations selon la position dans le carré, de les lier à des vulnérabilités.
On peut noter que le complotisme est une forme d’accusation exaltée : il consiste à inventer imaginativement des conditions extérieures simplificatrices des problèmes réels. Un exemple récent (que je cite pour analogie) : un milliardaire américain a estimé que les incendies de Los Angeles était causé par le complot mondial contre son pays. Il s’invente ainsi une fausse justification de la croissance effrénée qu’il favorise par son activité et qui contribue au réchauffement climatique qui cause les sècheresses.
Quelques citations :
La cause de la déformation psychique est l’exaltation imaginative.
Paul Diel (1893-1972)
L’estime pondérée de soi peut être la conquête suprême.
Montaigne
Oublier son moi vaniteux, c’est vivre sans rechigner l’activité présente, y compris toutes ses difficultés et non point la subir en opposition imaginative …
Paul DIEL (1893-1972)